Peur et pandémie

Le confinement, la surinformation, l’inconnu nourrissent nos peurs. Bien comprendre cette réaction naturelle, c’est déjà aller mieux.

La pandémie nous oblige à affronter une émotion très familière : la peur.

La peur est normale et nécessaire pour survivre. Avec la douleur, elle permet de reconnaître les dangers et réagir par des mécanismes de défense vitaux appelés “fight or flight” (« combat ou fuite »).

Toutefois, la peur, pour fonctionner, doit être déclenchée par un stimulus, sinon, elle n’est qu’une forme d’anxiété. De plus, elle doit être proportionnelle au danger, car si elle est disproportionnée, c’est la panique. Cette peur vise à éliminer, voire combattre la source de la douleur.

 

Qu’est-ce qui nous fait vraiment peur aujourd’hui ? Notre vulnérabilité, un sentiment que nous avions peut-être oublié. Pourtant, nous étions déjà vulnérables avant le début de cette crise sanitaire. Nous prenions constamment des risques : en sortant de la maison et en restant à la maison, dans nos relations amoureuses ou financières, à chaque fois que nous mangeons un nouvel aliment. Cette vulnérabilité nous préoccupe et nous cherchons, comme ceux qui nous entourent, à nous rendre invulnérables. Mais cette quête obsessionnelle d’invulnérabilité est contreproductive car irrationnelle. Seule l’acceptation de notre vulnérabilité nous permet d’affronter rationnellement l’incertitude du futur, par exemple en développant une approche risques/bénéfices dans sa prise de décision [1].

Perception exponentielle du danger

Tant que nous n’avons pas d’expérience directe avec la source du danger, nous ne sommes pas en mesure de le percevoir comme tel. Et, une fois perçu, nous décidons de prendre le risque, ou pas. Ce processus mental, même s’il est élémentaire, nourrit deux considérations dans les circonstances actuelles.

 

La première est que le cerveau humain est strictement dépendant de la contingence dans laquelle il vit et prend des décisions. Depuis le début de la crise, le temps et l’attention que nous sommes contraints de dédier au danger, ont augmenté de manière exponentielle, à cause aussi du bombardement médiatique et du confinement. La perception des différents dangers auxquels nous sommes soumis, s’est donc inversée : nous oublions les dangers objectifs du quotidien, ceux auxquels nous sommes habitués, et que nous considérons comme acceptables. Il y a donc une disproportion entre le danger réel et le danger perçu, ce qui rend la peur incongrue et dysfonctionnelle.

Vulnérabilité vs Invulnérabilité

La deuxième réflexion est que cette perception, plus effrayante que d’habitude, crée un réflexe contre-productif. La peur de la vulnérabilité se transforme en une recherche obsessionnelle de l’in-vulnérabilité : une recherche impossible, par exemple en imaginant des remèdes miracles, etc. Le « risque zéro » n’existe pas et sa recherche est donc paralysante. 

Seule l’acceptation de la vulnérabilité permet de faire face à l’incertitude de manière rationnelle. On retrouve alors le calcul lucide des risques et du bilan coûts-avantages. Il ne faut pas que l’invulnérabilité se déplace dans l’univers du fantasme (voire du délire).  La vulnérabilité permet de gérer les dangers réels.

Mieux vaut donc nous épargner la peine engendrée par la peur de ne pas atteindre l’invulnérabilité et se concentrer sur la réduction rationnelle de la vulnérabilité [2].

Cela revient à admettre l’incertitude et une certaine impuissance, l’accueillir avec curiosité et se concentrer sur les seules actions que nous contrôlons (plus ou moins) : les nôtres.

 

Bibliographie et réferences :

[1] Andrea Grignolio, Chi ha paura dei vaccini?, Codice Edizioni, 2016, 188p

[2] Paolo Legrenzi, A tu per tu con le nostre paure. Convivere con la vulnerabilità, Il Mulino, 2019, 165p

[3] David Lazzari, Vademecum psicologico coronavirus per i cittadini. Consiglio Nazionale Ordine Psicologi [en ligne], février 2020. 

Qui est-ce que je veux être pendant le Covid-19 ?

Zone 1

PEUR

– Je ressens de l’anxiété, de l’insomnie, de l’insécurité, de la méfiance envers l’avenir.

– J’accumule de la nourriture, du papier toilette, des médicaments qui n’aident pas.

– la nourriture, l’alcool et la toxicomanie, je m’isole.

– Je m’irrite souvent et facilement, je suis agressif et j’entre en conflit avec les autres.

– Je transmets tous les messages que je reçois.

 

#adaevacoach

Zone 2

APPRENTISSAGE

– Je suis conscient de la situation et je reconnais que nous essayons tous de faire en sorte que notre environnement soit meilleur.

– J’arrête de me préoccuper de ce qui est mauvais pour moi (substances, nourriture, nouvelles).

– Je vérifie les informations avant de répandre des bêtises.

– Je me donne le temps de m’adapter.

– J’identifie mes émotions, je les exprime, je les accueille toutes (positives et négatives).

– J’accepte qu’il y ait des jours plus difficiles.

Zone 3

CROISSANCE

– Je vis dans le présent et je me concentre sur l’avenir.

– Je cherche un but (et je me souviens que c’est bien, même si je ne peux pas).

– Je mets en pratique la patience, le calme et la créativité.

– Je suis empathique envers moi-même et envers les autres.

– Je mets mon talent, mon temps, mon immunocompétence* au service de ceux qui en ont besoin.

– Je me souviens de ce pour quoi je suis reconnaissant.

– J’essaie de maintenir un état émotionnel joyeux et plein d’espoir.

 

*Immunocompétence : capacité du corps à produire une réponse immunitaire normale, après exposition à un antigène.

Lulù Moro | Rédactrice, Étudiante en Médecine

Etudiante en Faculté de médecine, spécialisée en psychiatrie et en étude de genre. Croit au droit à la liberté et à la santé physique et mentale.

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