Comment agir face aux violences conjugales ?

Les actes violents envers les femmes ont augmenté depuis le début du confinement. Il est cependant possible d’agir et d’aider les victimes, même à distance.

A travers la planète, une femme sur trois est victime de violences au cours de sa vie. Les statistiques varient d’un pays à un autre mais une constante demeure : elles sont le plus souvent le fait du partenaire intime.

Autre constat, moins de 10% des victimes portent plainte, comme le rappelle le groupe NousToutes, qui lutte contre ce problème. Or, le confinement a joué le rôle d’amplificateur du problème. Les violences faites aux femmes augmentent de manière considérable (+36% dès les premières semaines en France, +60% au Mexique, +40 à 50% au Brésil), puisque les femmes se retrouvent en permanence en compagnie de leur conjoint, accompagnées ou non d’enfants. Dans ces conditions, quels sont les moyens dont nous disposons pour agir ?

Toute tension n’est pas violence.

Il est d’abord important de comprendre ce qui caractérise une violence. Elle est différente du conflit qui peut exister au sein d’un couple, autorisé par la loi et défini par la Convention d’Istanbul. Les conflits correspondent à des débats, des discussions parfois brutales qui aboutissent toujours sur des compromis. Dans ce cas, la médiation est possible. Les violences, quant à elles, se définissent par une inégalité, une emprise d’un conjoint sur sa partenaire, et sur les enfants s’il y en a. Ici, la médiation n’est pas possible.

Ernestine Ronai, responsable de l’Observatoire Départemental des violences envers les femmes en Seine-Saint-Denis (France) explique ces différences dans la vidéo ci-dessous.

L’ONU définit ces violences comme « tous actes de violence dirigés contre le sexe féminin, causant ou pouvant causer aux femmes un préjudice ou des souffrances physiques, sexuelles ou psychologiques, et comprenant la menace de tels actes, la contrainte ou la privation arbitraire de liberté, que ce soit dans la vie publique ou dans la vie privée ».

Avec la captation automatique de sous-titres de Youtube, vous pouvez changer le langage par les « réglages » de la vidéo.

Toutes les violences ne se ressemblent pas.

Une fois la distinction faite, il est bon de savoir qu’il existe plusieurs types de violences :

administratives (ex : rétention de passeport ou papiers d’identité)

économiques (ex : surveiller le compte en banque)

psychologiques (ex : humiliations, injures)

physiques (ex : coups, brûlures)

sexuelles (ex : cyber-harcèlement, viol)

gynécologiques (ex : frottis et touchers vaginaux imposés)

Toutes ces formes ont des conséquences graves sur la santé physique et/ou psychologique, la vie sociale et/ou professionnelle. Elles peuvent aussi entraîner des comportements ou conduites à risques.

Comment détecter les violences et comment agir ?

Tout d’abord, certains signaux peuvent permettre de détecter des violences correspondant à des symptômes de stress post-traumatique et ayant des conséquences immédiates (troubles du sommeil, irritabilité) et différées (éloignement social, perte de poids, troubles de la personnalité, etc.).

Au-delà de ces signaux d’alerte, si vous n’avez pas la possibilité d’écouter ou de voir, il faut poser la question :

« Subis-tu des violences à la maison ? »


Cela peut sembler difficile ou risqué, mais c’est la meilleure manière d’espérer résoudre le problème.

Si la personne refuse de vous répondre, il faut respecter son souhait et ne pas engager le conflit ni être trop directif.ve. Les démarches doivent être faites avec son accord. Cependant, si vous pensez que des enfants sont en danger (ou s’il y a danger de mort), vous pouvez appeler la police.

Ceci est particulièrement valable pendant le confinement. Françoise Brié, présidente de la Fédération Nationale Solidarité Femmes (France) rappelle qu’ « il faut que les voisins et les proches puissent rester mobilisés et qu’ils signalent ». En ce sens, même en cas de doute, vous devez avertir la police.

S’il est déconseillé de sortir, il n’est pas interdit de fuir.

Si la réponse est « oui » :

ne remettez pas en cause le récit de la victime (« je te crois »),

mettez en avant le courage dont elle a fait preuve de vous en parler et le fait qu’elle a eu raison de le faire (« tu as bien fait de m’en parler »),

déculpabilisez-la en lui disant qu’aucune attitude de sa part ne justifie les violences subies («tu n’y es pour rien ») et que l’agresseur est le seul responsable (« c’est lui le coupable»).

Il est possible qu’elle minimise les faits, essayez de mettre des mots sur ce qu’elle a vécu et dites-lui que c’est interdit par la loi. Ne jugez en aucun cas les choix et le comportement de la victime, et restez attentif à ses besoins. Vous pouvez par exemple l’accompagner vers les forces de sécurité ou l’aider en rédigeant un témoignage dans lequel vous décrivez ce que cette personne vous a relaté. Ce texte pourra servir au moment où elle sera prête à porter plainte. 

 

Selon votre situation géographique, si vous êtes témoin ou victime de violences, ou que vous connaissez quelqu’un qui l’est, vous pouvez vous rapprocher d’un médecin, d’un hôpital ou d’une pharmacie (plan d’urgence confinement), de la gendarmerie ou de la police, d’un service social, ou d’associations spécialisées.

Contacts utiles

France : 

> 3919 : ligne Violences Femmes Info

> 114 (sms) : ligne dédiée aux personnes sourdes ou malentendantes, ouverte à toutes pendant le confinement

> 17 : pour une situation nécessitant une intervention de la police

> 119 : ligne du Service National d’accueil téléphonique de l’Enfance en Danger

> commentonsaime.fr : tchat de l’association En Avant Toutes, permettant de discuter ou signaler des violences en ligne 

>annuaire d’associations : ici

 

 

Belgique : 

> 0800 30 0 30 : ligne Ecoute Violences Conjugales

> 101 pour une situation nécessitant une intervention de la police

> 04233 45 67 : ligne du Collectif contre les violences Familiales et l’eExclusion

> 0800 98 100 : ligne d’écoute SOS Viol

 

Italie :

> 1522 : ligne d’urgence

> 113 : pour une situation nécessitant une intervention de la police

> annuaire du Centre Anti-Violences 

 

Espagne :

> 016 : ligne d’urgence

> 110 : pour une situation nécessitant une intervention de la police

> carte des centres d’assistances aux femmes

 

Allemagne :

> 08000 116 016 : ligne d’urgence

> 110 : pour une situation nécessitant une intervention de la police

 

Royaume-Uni :

> 999 : ligne d’urgence

> 0808 2000 247 : ligne nationale des violences domestiques

> répertoire de structures spécialisées

 

Etats-Unis :

> 911 : pour une situation nécessitant une intervention de la police

> annuaire de structures

Mexique : 

> 911 : ligne d’urgence

> 55-56-74-96-95 : ligne du Réseau National de Refuge à Mexico

> 800-822-44-60 : ligne nationale du même réseau

 

Inde : 

> 7217735372 : ligne WhatsApp lancée par la Commission Nationale pour les Femmes

>Annuaire international des structures d’accueil des victimes de violence 

Apolline Clapson | Coordinatrice de projet, rédactrice

Ancienne chargée de projet au sein d’un festival à Montréal. Administratrice d’une compagnie et chargée de billetterie pour un festival à Bordeaux.

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